La psychagogie est un mode d’accompagnement qui a été pratiqué et transmis par Charles Baudouin à ses élèves.
Formé à partir des racines Grecques psukhê, âme, et agôgos, qui conduit, la psychagogie définissait dans la Grèce antique à la fois les cérémonies d’apaisement des morts et la dialectique pratiquée dans un but de recherche de la vie « bonne » .
Apaiser les morts, c’est évidemment se tourner vers les blessures du passé qui ne cessent de hanter encore le présent. Mais Charles Baudouin, suivant en cela Jung, savait que les terres les plus sombres abritaient également des germes de créativité qui n’attendaient parfois que quelques gouttes d’eau vivifiante pour pouvoir germer.
Dans un dialogue de son dernier roman, en forme de testament spirituel, Christophe/Charles Baudouin dit à Mephistopheles:
« Je sais que la nature humaine est pleine de tares, tu n’as rien à m’apprendre là-dessus. Je sais que la nature de chaque homme a sa tare particulière et je ne suis pas pour fermer les yeux sur elle, et je pense au contraire que tu nous aides à les mieux ouvrir, tu nous rends service. Mais je sais aussi que des tares, on peut faire autant de vertus, de chaque tare une vertu particulière. Et c’est peut-être là tout le secret de la vocation » Christophe le passeur
Transformer les tares en vertus, c’est accéder au travail de sublimation et d’humanisation et au processus d’individuation. Jung a défini l’individuation comme le processus naturel qui conduit chaque être à devenir ce qu’il doit devenir.

La vie bonne qui est l’objet réel de toutes les philosophies antiques et de la psychagogie, c’est l’accomplissement naturel de soi-même, de sa nature profonde. Nul doute qu’il soit bien rare que ce processus naturel suive sa course sans rencontrer d’obstacles. Ces obstacles, le plus souvent nous alertent et nous permettent de retrouver notre route par nous-mêmes.
Quelquefois également, ces obstacles deviennent trop insistants et s’expriment par des souffrances psychologiques et malaises existentiels qui paralysent et deviennent des motifs de consultation.
Pourtant, une fois les malaises apaisés, ce sont parfois de nouveaux buts d’existence ou une nouvelle manière de vivre qui deviennent les impératifs catégoriques de l’inconscient… et le nouveau souci de l’homme. Des fantômes du passé qu’il faut pouvoir laisser partir, l’attention se tourne alors vers ce qui demande à vivre, à revivre et à croitre.
La psychagogie est cette attitude particulière qui se tourne vers ce processus créatif de l’être, qui l’accueille et qui l’accompagne au mieux. Mais cette nouvelle attitude nécessite un long travail préliminaire
» Si la prise de conscience est nécessaire, elle est le plus souvent insuffisante si elle reste intellectuelle, il faut aller au delà par l’ouverture au niveau affectif. L’accès à ce deuxième niveau est subordonné à la « prise de confiance » en l’accompagnateur et en soi-même » Paul Montangerand 2010
Elle requiert tout d’abord d’avoir pu reconnaitre en soi-même (et chez l’autre) cette partie autonome que Jung et Baudouin n’hésitent pas à appeler l’âme.
La psychagogie est l’écoute du murmure de l’âme, elle est dialogue avec la voix intérieure et réponse à l’appel de la vocation.
Récemment, une philosophe Française a délivré (à mon sens), un très beau témoignage de cette écoute psychagogique, de l’attention à la voix intérieure et du processus de prise de conscience et de transformation associé à cette écoute. Il s’agit du livre « L’espérance, ou la traversée de l’impossible » dont je ne peux que recommander la lecture.
« l’espérance qui est ce point de rencontre entre le fini et l’infini « (p.20)
« L’espérance, parce qu’elle est une traversée de l’impossible, qu’elle est née d’un renoncement infini propulse celui qui a vécu ce passage dans une autre manière d’être au monde. Alors il décide de tout faire pour que le bien qui est déjà là … devienne un horizon. L’espérance, née en dehors de toute attente, devient puissance transformatrice » (p. 52)
