Qu’est-ce que le désir et quel rôle tient-il dans notre vie ? 

N’avons-nous pas tous connu ces moments remplis de désirs… que nous désirions faire durer ? 

Quelquefois devant un lever ou un coucher de soleil ou dans un jardin, observant l’éclosions très éphémère de magnifiques fleurs, lorsque la peau de l’être que l’on aime, parfois en secret, effleure la nôtre pour la toute première fois ou lorsque les lèvres des amants se rejoignent dans leur tout premier baiser et leurs premières étreintes. La vie dans ces moments-là semble dense, lumineuse et entièrement remplie de sens. 

Mais comme Miossec, n’avons-nous pas également connu ces longues absences du désir ? Lorsque la lumière se ternit et devient fade. Lorsque qu’il ne reste plus que les faux-semblants des envies artificielles ou l’amertume des cadavres acides du passé pour compenser le manque de l’exquise brulure du désir ?  

Souvent les patients qui viennent en consultation, indépendamment de leurs motifs personnels ou de leurs symptômes d’ailleurs, expérimentent de manière plus ou moins inconsciente une perte de leur désir.  Cette perte de désir a très certainement toujours été une des caractéristiques principales de ce que la psychanalyse classique qualifie de « névrose », même si de nombreuses névroses ont bien évidemment des origines traumatiques.  

Jung cependant, lorsqu’il considérait les problématiques rencontrées par des personnes “d’âge mûr” parlait plutôt à leur sujet de « normose », c’est-à-dire d’une souffrance liée à une adaptation excessive aux normes collectives, qu’elles soient sociales, familiales ou autres, conduisant à un vide intérieur, à la perte de soi-même… et de son désir. Le désir dans nos vies peut se tarir et cela se découvre souvent lentement, s’observe tristement et s’éprouve parfois longuement au cours d’un travail thérapeutique. 

Le désir est un des grands principes mobilisateurs de la vie, si ce n’est LE principe de la vie. Et l’absence de désir ou plutôt la résignation face à son absence, pour reprendre la formule d’un ami, n’est rien d’autre qu’un long suicide au quotidien, formule métaphorique certes, mais aussi malheureusement parfois bien réelle.  

Pour commencer l’approche du désir, tournons-nous vers son étymologie. L’étymologie du mot « désir » (desideratio en latin) le relie au latin « sidéris » signifiant « étoile ». Cette étymologie nous apprend que le mot « désir » proviendrait de la nostalgie de l’observation du ciel nocturne en mer lorsque les marins regagnaient la terre. « Sideris » a également donné en Français le mot « sidération » exprimant cette double composante du désir d’être à la fois une force qui immobilise devant un objet en écartant tous les autres, mais qui met aussi en mouvement vers ce même objet. Qui exprime à la fois le plein de l’objet et son manque. 

Cette double caractéristique du désir, ou plutôt d’Eros, avait déjà été mentionnée dans le banquet de Platon lorsque Diotime de Mantinée enseigna à Socrate qu’Eros serait né d’une étreinte entre Pénia, la pauvreté, et donc le manque et Poros un peu ivre et non consentant, l’expédiant, le moyen, la voie et donc le plein ou tout au moins le moyen d’y arriver ! Mais Diotime enseigna aussi (et surtout) à Socrate qu’Eros serait un être intermédiaire entre les hommes et les dieux, un daïmon, dépourvu de beauté en lui-même mais rempli du désir de sa recherche. Recherche du beau dans les corps puis dans les âmes et enfin dans la forme des idées. Une « puissance » motrice vers la vérité, la beauté et une source de l’élévation spirituelle qui n’avait de fin que lui-même. 

Mais est-il vraiment correct d’associer le désir avec Eros, l’amour en tant que faiseur de liens et puissance spirituelle ? En fait tout dépend du désir…et des désirs. Car, si le désir est une réalité, nous savons que très souvent il convient de pas prendre nos désirs pour des réalités ! Il est donc nécessaire de distinguer le désir de la volonté, de l’envie et de la jalousie mais aussi des divers désirs du moi.  

Contrairement au désir qui nous emporte, la volonté constitue une prise de décision volontaire, donc du moi, qui s’effectue en fonction de motifs rationnels, à tout le moins ! Si la volonté vise bien à un but, il s’agit le plus souvent d’une stratégie permettant au moi d’assurer ses illusions captatives. L’envie en revanche, est un ressentiment causé par un autre individu possédant quelque chose que l’individu affecté ne possède pas mais qu’il désire sans en avoir de réel besoin. Pour Mélanie Klein, l’envie est un sentiment « hargneux » visant à posséder ou à détruire quelque chose de désirable dont jouit un autre. Quant ’à la jalousie, il s’agit de la crainte de perdre quelque chose ou quelqu’un auquel l’individu est attaché. Envie et jalousie sont à la base de ce que René Girard a appelé le désir mimétique. Pour Girard, ce que le désir imite, c’est le désir de l’autre. « L’homme désire toujours selon le désir de l’autre », dans un conflit tragi-comique dont les protagonistes deviennent interchangeables dans des relations de rivalité mimétique qui conduisent à la crise et à la violence mimétique. On le voit très bien, ces ersatz personnalistes du désir sont contaminés par une destructivité et une violence sous-jacente qui confère à ce que la psychanalyse classique nomme la jouissance.  

Cette jouissance trouve son origine et sa fin au niveau de la pulsion. Freud défini la pulsion comme “un concept limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant psychique des excitations issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme, comme mesure de l’exigence de travail qui est imposé au psychique en conséquence de sa liaison au corporel”. Dans pulsions et destin des pulsions Freud montre que la pulsion ne connait ni haine ni amour qui ne concernent que le “moi total”. Mais Lacan montrera que ce que la pulsion recherche, c’est sa satisfaction dans la jouissance. Et que celle-ci ne peut s’exercer que dans une intersubjectivité liée au fantasme de jouissance chez l’autre (pour une description très complète de la conception Lacanienne de la jouissance, voir ce très bel article). 

La jouissance est toujours liée à un interdit, elle nécessite une transgression qui consiste en un forçage de la barrière du plaisir et de la Loi et à une destructivité. Elle implique de jouir de l’autre, ce qui est implicite dans l’orgasme. De là les liens entre jouissance, masochisme et sadisme.  De plus, comme le sujet dans la première partie de sa vie ne peut se constituer que dans la Loi, la jouissance est toujours conditionnée à une disparition du sujet. Pensons à la disparition du sujet, “la petite mort” au moment de l’orgasme qui reste cependant encadrée par la Loi. Mais il est bien d’autre situation dans lesquelles la jouissance et la disparition du sujet montrent leurs caractères destructeurs comme dans le roman de Patrick Süskind, le parfum. 

Dans ce roman, le protagoniste cherche à détacher l’objet de sa jouissance, un parfum, des femmes qui le porte. Le héros du roman va passer outre toutes les barrières des interdits possible pour arracher à cet autre son parfum et en jouir lui-même. Ce roman est exemplaire non seulement dans la mesure où il illustre la destructivité liée à la jouissance, mais encore par la façon extraordinaire qu’a l’auteur de montrer qu’au moment même où le sujet fait corps avec l’objet qui est cause de sa recherche, lorsqu’il fait sauter l’écart entre l’objet et lui, il ne peut qu’être pulvérisé et disparaître sans laisser de trace. Nous assistons à ce moment à l’effacement radical du sujet. 

Cette jouissance pulsionnelle ne peut certainement pas et ne doit pas être confondue avec le désir ! Lacan aura d’ailleurs ces deux aphorismes percutants à propos du désir, sur lesquels je reviendrais plus tard, “Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir” et le fameux « Ne pas céder sur son désir » qui illustrent au mieux la séparation fondamentale entre jouissance et désir. 

Si la jouissance peut être considérée comme une recherche de satisfaction au détriment d’un objet, le désir, ou plutôt les multiples désirs du moi ont souvent été considérés par les philosophies comme la recherche d’un bien provoqué par un manque. Et effectivement, ne cherchons-nous pas constamment à obtenir l’objet, malheureusement le plus souvent matériel, représentant fantasmatique du beau, du bon ou du bien qui va combler notre désir du moment ? Mais pour un moment seulement ! Comme l’indique avec beaucoup d’humour George Bernard Shaw, “ il y a en effet deux tragédies dans la vie. L’une est de ne pas obtenir ce que l’on désire ardemment. L’autre est de l’obtenir ! ” Nos désirs très souvent nous poussent donc vers une poursuite illusoire et paradoxale d’un objet introuvable, signe d’une éternelle insatisfaction et de notre propre aliénation. 

Nos désirs tiennent donc une place essentielle dans nos vies, et notre bonheur, comme notre malheur le plus souvent dépendra de la voie ou de l’évolution de nos désirs. En fait la régulation de nos désirs constitue le fondement même de l’éducation et de la civilisation comme le montre les nombreux systèmes philosophiques et religieux qui s’en sont fait les garants. Pensons par exemple au décalogue et à la liste des sept péchés capitaux qui pose les bases de toute la moralité de la religion judéo-chrétienne. Toutes les religions avec leurs lois ont ainsi tenté de réguler, avec plus ou moins de bonheur, les multiples désirs humains par la force de leurs dieux. La philosophie en revanche a souvent tenté d’éduquer les désirs humains au travers de la raison tel Aristote, ou de les modérer tel Epicure. Le stoïcisme proposait de soumettre les désirs à la volonté alors que les philosophies asiatiques préconisent un détachement de ses désirs. A l’heure actuelle, dans nos sociétés modernes et laïques, la culture ambiante, l’éducation et la loi civile constituent certainement la base de l’éducation de nos désirs, une base évolutive en fonction des transformations des valeurs et des normes collectives. Pour prendre un exemple extrême, la norme sociale en vigueur en Afghanistan est évidemment très différente des normes collectives de nos sociétés occidentales actuelles qui sont elles-mêmes très éloignées des normes en vigueur dans la société de l’époque Victorienne. Pensons également à la transformation de la société Iranienne au vingtième siècle, de la (relative) grande permissivité culturelle à l’époque du Shah au rigorisme religieux du régime des Ayatollahs.  

 Malgré les imperfections de nos sociétés actuelles, il semble évident que cette régulation sociale des désirs représente un but civilisationnel permettant aux humains de former communauté. Le passage au travers des étapes de la jouissance, des multiples désirs et finalement de leurs régulations et de leur adaptation au collectif est caractéristique d’un phénomène d’humanisation qui permet à l’individu de s’adapter et de se développer, en théorie sereinement, dans la société qui l’accueille. 

Cependant, ces normes, qu’elles soient sociales, religieuses ou même spirituelles, dans leurs formes collectives ne seront jamais pleinement adaptées à l’individu et à sa singularité. Et pour certains individus bien adaptés, ces normes collectives au bout d’un certain temps ne sont plus que des carcans, réprimant un désir niché dans les profondeurs qui ne cherche qu’à se faire entendre. C’est à ce moment qu’apparait le phénomène de “normose” de Jung, identifié également par le mystique et poète Anglais William Blake qui affirmait déjà au 18è siècle que “ceux qui réprimaient leur désir étaient ceux dont le désir était assez faible pour être réprimé” !  

Dans “ Psychoanalysis and neurosis “ Jung écrit “ Tous les phénomènes psychologiques peuvent être considérés comme des manifestations d’énergie de la même manière que tous les phénomènes physiques ont été compris comme des manifestations énergétiques. Subjectivement et psychologiquement, cette énergie est conçue en tant que désir. Je l’appelle libido en utilisant le mot dans son sens originel, qui n’est en aucun cas seulement sexuel “. Pour Jung, la libido est constitutive de l’énergie de vie qui est une énergie physico-psycho-spirituelle.  

Le mouvement de cette libido s’effectue au travers de la tension entre les instincts (représentants du principe naturel et du corps) d’une part et les archétypes de l’inconscient collectif (représentants du principe spirituel et de l’esprit) d’autre part qui guident l’être vers la pleine réalisation de son humanité personnelle. Cette réalisation de soi-même, qui ne se fait jamais sans heurts ni conflits, a été appelée “processus d’individuation” par Jung. Rigoureusement parlant, ces conflits ne concernent pas des oppositions entre le principe spirituel et les instincts mais bien entre celui-ci et une instinctivité débridée. Et de manière symétrique, ces conflits concernent également des dysharmonies entre les instincts et un principe spirituel devenu rigide et sclérosé.  

Pour Jung, l’âme est le représentant emblématique de cet entre-deux du principe naturel et spirituel. Et le langage de l’âme, fait d’images symboliques, exprime les transformations, les métamorphoses et les rééquilibrages continus de la libido provenant de la tension entre ces deux grands principes.  

Parmi, les grandes images de l’âme, les images archétypiques du sexe opposé, l’anima pour l’homme et l’animus pour la femme, sont d’une importance majeure puisqu’elles sont les représentants de notre incomplétude fondamentale, de notre manque existentiel que nous tentons le plus souvent de combler au travers de la recherche de notre “âme sœur”, parfois tout au long de notre vie. Quelle autre image symbolique aurait pu représenter et cerner aussi bien la source de notre plus grand désir ?   

Jung dit de l’anima qu’elle « représente en quelque sorte le désir, c’est pourquoi on la projette sur la personne d’une femme à laquelle se voient attribuées certaines attentes, tout un système d’attentes unilatérales. Le problème est de déterminer si l’anima exprime un but personnel ou le moyen pour y parvenir. Soit que l’anima en tant qu’Eros tende à assouvir une visée intime, faisant totalement abstraction de la projection sur la femme, soit qu’elle corresponde à une attente (un moyen) qui se définit par la volonté de puissance ». Et là réside tout le problème de la projection ! Si l’anima représente un moyen pour arriver à un but, elle correspond au désir de l’objet extérieur, qui pourra toujours répondre…ou pas à notre demande, conduisant à toutes les situations complexes et caractéristiques des relations humaines avec leurs lots de peines, de souffrance et de violence. 

Cependant, si l’anima représente un but personnel, si elle devient visible pour le conscient, alors nous pouvons découvrir le “sentiment” intime de son importance.  Ce sentiment est une fonction psychologique qui attribue de la valeur aux symboles de l’âme, qui accorde de la libido aux données psychologiques. Alors le désir, l’anima qui en est la représentation symbolique et l’objet du désir ne sont plus confondus. 

Une petite situation clinique permettra d’y voir un peu clair. Il y quelques temps déjà, j’ai reçu en consultation un homme d’une cinquantaine d’années qui se sentait victime d’un épuisement professionnel accompagné d’un malaise au niveau familial. Après quelques séances il apporta ce rêve : “ Nous sommes devant chez mes parents. Mon épouse et ma fille rangent du bois chez mon père mais pas à l’endroit habituel et dans un alignement différent. J’arrive alors qu’elles finissent le rangement et je constate que ce n’est pas comme cela que ça doit être fait. Et en plus le bois est à moitié sur l’allée des voisins et à moitié chez mes parents qui ne savent plus entrer dans la maison “. 

Il est facile de reconnaitre dans l’épouse et dans la fille de cet homme des images de son anima. Elles rangent du bois. Dans la vie réelle de cet homme, ses parents se chauffaient au bois. Et effectivement, la tradition familiale voulait que les hommes de la famille, son père et ses frères, se réunissent chaque année pour recevoir et ranger le bois à l’entrée de l’hiver. Mais dans son rêve, non seulement ce sont ses figures d’anima qui se mettent au travail à sa place mais elles effectuent ce travail de manière différente, de manière à bloquer l’entrée de ses parents dans la maison. On le voit bien, cet homme est au milieu d’un conflit entre sa fidélité à la tradition familiale, une fidélité surtout reliée à son père, et son désir qui apparait comme transgressif par rapport à cette tradition. La question que lui pose le rêve concerne le choix qu’il va devoir effectuer entre la fidélité ou la transgression. Dans ce rêve la symbolique du bois n’est évidemment pas anodine. Le bois est un élément naturel et dans ce cas-ci clairement identifié en tant que combustible. Le bois, c’est ce qui alimente le feu. Le feu du désir représenté par la fidélité à ses images d’anima au travail mais aussi le feu infernal de la colère paternelle qui couvait et faisait irruption trop souvent dans sa vie.  Par ce rêve et d’autres venus ensuite, cet homme en devenant conscient de son conflit intime a pu choisir de suivre la voie transgressive de son désir personnel et abandonner certaines règles devenues trop rigides. 

Nous le voyons bien dans cette situation, quand l’anima porteuse du désir intime de vie devient visible, c’est à ce moment-même que nous pouvons commencer à ressentir la nécessité de suivre la voix de l’âme, la valeur de se mettre à son service et de suivre la voie de l’Eros.  

Telle était d’ailleurs la voie de ces fous d’amour que furent les troubadours du moyen âge (et des mystiques de tous temps). La voie de l’Eros, c’est celle du don de soi à la vie, représentée par l’anima, c’est celle de l’engagement dans sa propre individuation. C’est celle aussi du don de soi aux humains que nous rencontrons, celle du don de soi à notre partenaire. Allégé de notre fardeau, il ou elle ne portera plus la projection imaginaire de l’âme sœur parce qu’il ou elle sera simplement celui ou celle avec qui nous partagerons l’intimité de notre âme dans la joie. 

C’est cette relation au sentiment et à l’anima qui fait le lien entre l’Eros et le désir de citation de Lacan “ Seul l’Eros permet à la jouissance de condescendre au désir “. La jouissance c’est le feu infernal de la satisfaction procurée par l’utilisation brutale de l’objet, de l’autre extérieur. Le désir stimulé par l’Eros, en revanche est l’acceptation de l’autre à l’extérieur tel qu’il est, dans son incapacité à compenser notre manque à être, et en même temps spiritualisation du désir vécue dans la douce chaleur de l’âme.  

Le “Ne pas céder sur son désir” de Lacan constitue pour moi l’impératif catégorique de la continuelle recherche du désir de vie qui sourd du fond de l’âme. Inutile de dire que cette recherche, cette quête du Graal, ce que Jung a appelé le processus d’individuation, pour qui s’y voue pleinement, est infinie. 

C’est ce qu’écrivait Michel de Certeau, compagnon de Lacan, dans son ouvrage la fable mystique : 

 Ils se hâtent ceux qui ont entrevu cette vérité, sur le chemin obscur, non tracé, non indiqué, tout intérieur. Ils sont ivrent de ce qu’ils n’ont pas bu, enivrement sans consommation, inspiration d’on ne sait où, illumination sans connaissance. Ils sont ivres de ce qu’ils ne possèdent pas. Ivre de désir. Aussi peuvent-ils tous porter le nom donné à l’œuvre d’Angelus Silesius, le marcheur. Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela.  Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux. Il fait aller plus loin, ailleurs. Il n’habite nulle part…mais il est habité par un noble je ne sais quoi qui nous conduit “. 

Le mystique n’a rien d’un désaxé, au contraire ! Il a trouvé son axe, tout intérieur, et dans son désir tout intime il a probablement retrouvé un nouveau mode d’existence plus harmonieux avec le monde. Jung dit la même chose dans son volume II du Liber primus : 

Celui dont le désir se détourne des choses extérieures parvient au siège de l’âme. S’il ne trouve pas l’âme, l’horreur du vide s’empare de lui et la peur le poussera à coups de fouet encore et encore dans une quête désespérée des choses creuses du monde auxquelles il aspirera aveuglément.  Il deviendra le bouffon de son désir sans fin, s’éloignera de son âme et la perdra pour ne jamais la retrouver. Il courra après toutes les choses, il les tirera toutes vers lui, mais il ne trouvera pas son âme, car il ne la trouverait qu’en lui. S’il possédait son désir au lieu que son désir le possède, il aurait posé une main sur son âme, car le désir est l’image et l’expression de l’âme… La richesse de l’âme est faite d’images. Mes amis, il est sage de nourrir l’âme, sinon vous élevez en votre sein des dragons et des diables “. 

Pour le meilleur ou pour le pire, le désir constitue le moteur du destin de la personne. Le désir est le plus souvent transgressif, il provoque des conflits et fait faire des choses que le moi réprouve et s’oppose ainsi aux trajectoires rationnellement choisies par le moi. Mais le désir est la voix de l’âme. Il ne peut donc être évalué selon des principes moraux collectifs qui ne tiennent aucun compte du développement de l’individualité propre au sujet. Au contraire, l’âme individuelle dépérit et même génère des démons quand elle reste emprisonnée dans une psyché collective. C’est alors que la thérapie et l’analyse peuvent devenir nécessaires à la libération de l’âme pour tous ceux dont la barque s’est échouée sur les bancs de sable du grand fleuve de la vie. 

Le désir est une énergie qui doit être comprimée dans des formes, il ne peut s’exprimer qu’au travers des formes et des symboles de l’âme dont le rêve, essentiel à la thérapie et à l’analyse, en révèle la dynamique symbolique.  

Une dynamique de l’âme qui est un désir d’être, une incarnation de l’énergie physico-psycho-spirituelle dans le domaine de l’Eros que Jung a nommé processus d’individuation. 

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